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Le point de vue de Samuel Thomas

Jeudi, 2 Juin, 2005
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Samuel Thomas explique pourquoi il réfute les termes de la pétition sur l’émergence d’un « racisme anti-blanc ».
 

Vice-président de SOS Racisme, Samuel Thomas explique pourquoi il réfute les termes de la pétition sur l’émergence d’un « racisme anti-blanc ».

 

 

 

 

 

 

par Frédérick CASADESUS, propos recueillis

 

Il faut distinguer très clairement les incidents qui se sont produits le 8 mars dernier, qui sont à l’origine de la pétition, et l’affirmation selon laquelle on assisterait au développement de mouvements racistes dont les Français d’origine européenne seraient victimes. Nous pensons que ceux qui se sont exprimés par la pétition ont mal interprété les événements. Leur regard est guidé par l’émotion plutôt que par l’analyse. Leur interprétation manque singulièrement de hauteur de vue.

Il faut dénoncer la violence, non pas l’appartenance ethnique ou sociale de ceux qui la pratiquent.

Face à ce problème, les représentants de l’Etat proposent deux types de politique : la droite augmente le nombre de policiers et la gauche crée des postes d’éducateurs. Ces deux démarches complémentaires sont utiles, mais elles suffisent d’autant moins que les fonctionnaires ne sont pas assez nombreux. SOS Racisme, en 1998, a créé le mouvement « Stop la violence », mouvement populaire qui voulait empêcher la jeunesse de basculer dans des comportement agressifs ; quelques années auparavant, des groupes de lycéens et la Fédération des maisons des potes (liée à notre organisation) avaient lancé le mouvement « Plus puissant que la violence : le respect ». Il s’agissait de promouvoir le respect comme une valeur supérieure et une force plus efficace que la violence. A la même époque, la région Ile-de-France a créé l’association « Jeune violence écoute ».

Toutes ces campagnes avaient pour ambition de mobiliser la jeunesse elle-même contre la violence. Le mouvement « Ni putes, ni soumises », qui dénonce le comportement macho des garçons dans les quartiers et les cités, a pris son essor avec les mêmes ambitions. Cependant, le véritable mouvement populaire que nous appelons de nos vœux tarde à naître. Sans doute le manque de volonté collective, y compris de la part des représentants de l’Etat, explique-t-il le faible succès de ces démarches. Nous avons la conviction qu’un mouvement d’éducation populaire pourrait lutter contre les débordements, mais nous constatons que les bénévoles hésitent à s’engager sur ce terrain.

Cet échec relatif et provisoire conduit certains acteurs sociaux ou intellectuels à désespérer, à croire que l’on ne peut plus rien faire, à juger que la violence est un phénomène raciste. Ils commettent une lourde erreur et devraient plutôt lire des ouvrages de sociologie.

La jeunesse bascule dans des comportements violents parce qu’elle n’est pas prise en compte. Que cette violence-là génère du racisme, c’est évident. Mais l’élément fondateur n’est pas le racisme : les jeunes Noirs, Arabes ou Européens n’exercent pas des actes cruels en direction d’une catégorie de population, mais à l’égard de tous ceux qui vivent à l’intérieur du quartier. La violence des classes populaires s’applique à l’encontre des classes populaires.

Une authentique ségrégation

Quand les lycéens parisiens sont au cœur de l’organisation de la manifestation et que des jeunes s’en prennent au mouvement lycéen, on a l’impression d’un affrontement. Mais c’est un épiphénomène. Pourquoi ne pas dire que tout au long de la semaine les jeunes de banlieue sont victimes d’autres jeunes de banlieue ? Ceux qui affirment que la manifestation était « anti-blanc » se trompent. La violence était équivalente à celle qui s’exprime en banlieue. Parce que les lycéens parisiens sont plutôt blancs et les autres plutôt noirs, cela révèle un aspect souvent masqué de la société française.

Cette séparation qui pouvait être, à l’origine, considérée comme le fait du hasard doit être aujourd’hui dénoncée pour ce qu’elle est : une authentique ségrégation éducative et sociale. Depuis six ans, nous apportons les preuves de l’existence d’une telle politique. On nous dit que c’est la main invisible du marché qui provoque la séparation des Noirs et des Blancs. Mais, par le biais des études de l’Insee et les rapports de la Cour des comptes, il est désormais clairement établis que la discrimination existe.

Ainsi l’Insee a-t-elle publié en 2000 une analyse de la répartition des logements sociaux. 96 % des immigrés obtenant un appartement en HLM sont logés dans des grands ensembles des années 60-70 (lesquels représentent 60 % du patrimoine social tandis que 30 % des logements neufs, construits normalement pour casser les ghettos, sont réservés aux Français d’origine européenne).

Pas d’angélisme

Les organismes se défendent en disant que cela résulte de données objectives (taille du logement, le montant du loyer), mais le nombre d’enfants par famille et les écarts de prix de loyers ne résistent pas à l’analyse. Les rapports internes indiquent qu’installer trop de personnes noires dans des immeubles récents fait baisser la cote du quartier, son indice immobilier, son attractivité.

SOS Racisme n’a jamais pratiqué l’angélisme sur les formes variées de racisme. Nous voulons éduquer les Français, mais aussi les publics issus de l’immigration. SOS Racisme a mis toute son énergie dans la lutte contre l’antisémitisme. Participer à un idéal est essentiel. La pédagogie antiraciste ne peut supporter le discours de « victimisation », qui encourage les gens à ne défendre que leur communauté. Il faut défendre tout le monde. Nous avons organisé avec succès un concert au Zénith de Paris le 20 novembre, qui a réuni entre autres des jeunes des quartiers. Nous ne pouvons accepter la notion de racisme anti-blanc parce qu’elle est une thèse défendue depuis longtemps par l’extrême droite. Nous reconnaissons l’émergence de mouvements extrémistes venus des associations radicales musulmanes qui reçoivent le soutien des partisans de l’extrême droite quand ils s’en prennent aux juifs. Ce danger existe. Mais cela n’engage pas pour autant toute la jeunesse des quartiers.

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